L'Emprunt pour Rien
A défaut de convaincre les économistes, le grand emprunt est déjà devenu la coqueluche des humoristes : c'est le premier emprunt public dont le pouvoir essaye de faire croire qu'il diminuera la dette. En convoquant deux anciens premiers ministres pour donner du contenu à son projet, Nicolas Sarkozy tente un coup politique. Il y a peu de chance que cela suffise à donner du sens à ce qui n'en avait manifestement pas : pas d'indication sur le montant, pas de proposition d’emploi pour cette ressource supplémentaire, pas de raison de la distinguer des milliards qu'emprunte tous les mois l'Etat français.
Revenons donc à l'essentiel : la dette publique.
La gravité de la crise a conduit la plupart des Etats à laisser dériver le déficit et la dette publics. Mais ils ne l’ont pas tous fait de la même manière. Les « stabilisateurs automatiques » ont joué partout ; mais un peu plus en France car la protection sociale y est heureusement plus développée. A cela, s’ajoutent les trains de mesures hebdomadaires d’un gouvernement qui n’a qu’une réponse à apporter à la crise, digne de Desproges plus que de Descartes : « je dépense donc je suis. » D’où un recul du PIB un peu inférieur à ce qu’on aurait pu attendre, et c’est tant mieux. Le déficit et la dette atteignent néanmoins un niveau que les deux derniers siècles n’ont jamais connu en temps de paix : 8% du PIB pour le déficit et bientôt 100% du PIB pour la dette. Si une telle dérive n’est pas singulière, la situation française est plus grave à deux titres.
D’abord, le déficit est plus structurel : nous vivons dans le rouge depuis des décennies. Parmi les pays de l’OCDE, nous sommes les champions des « mauvais déficits » et nous n’avons rien fait pour les corriger. Après les dépenses de l’Etat, ce sont celles des collectivités territoriales et, de plus en plus, celle de la protection sociale que nous renvoyons à nos enfants. Mais il y a plus grave encore, car chez nous , le niveau des prélèvements obligatoires étant plus élevé ,le déficit est plus important en proportion de la masse taxée ; 8% de déficit quand les prélèvements représentent 45% du PIB ,cela équivaut une impasse de 15% du revenu national après impôt !Et une dette publique de 100% du PIB ne se rembourse alors qu’en confisquant pendant deux ans l’intégralité des revenus qui restent après impôt, la moitié pendant quatre ans ,ou le dixième pendant 25 ans etc…
Encore cette dette est elle aujourd’hui assortie d’un taux d’intérêt historiquement bas. Mais cela ne durera pas, parce que les énormes masses monétaires injectées pour combattre la crise génèreront bientôt des anticipations d’inflation différentes ; parce que les investisseurs reviendront sur les actifs privés et commenceront à se méfier des Etats. Quand les taux ne bougeraient que de 3%, le déficit augmenterait du montant de l’impôt sur le revenu, et resterait à 7 ou 8% même si les dépenses exceptionnelles pour faire face à la crise étaient rapportées. C’est la trappe du surendettement. Oui, la Cour des Comptes a raison de souligner que nous sommes entraînés dans une spirale incontrôlable de la dette. Et puisque le premier ministre n’exagérait qu’à peine en déclarant il y a un an l’Etat « en faillite », est il bien raisonnable de s’endetter plus ?
Un « grand emprunt » ? L’Etat emprunte déjà plus de 20 milliards d’euros par mois ; passer à 30 milliards d’euros ou plus ne fait qu’accroître les risques de financement.
Emprunter « auprès des français » ? Mais ils prêtent déjà massivement à l’Etat, à travers leurs contrats d’assurance vie ; un emprunt direct auprès des particuliers, dicté par des motifs purement politiques, ne fera que coûter plus cher ;
Emprunter pour « illustrer la confiance » des épargnants? Ce sera au contraire envoyer prématurément le désastreux signal d’une difficulté de financement des pouvoirs publics, prêts à se financer à un coût notablement supérieur au prix de marché.
Emprunter « pour dépenser mieux » ? C’est ce que l’on promet depuis toujours chaque fois qu’il s’agit de dépenser plus. Mais qu’en est-il des tombereaux d’argent public dépensés et empruntés depuis trois décennies? Des quinze milliards qui chaque année financent par emprunt le paquet fiscal ? De ceux qui paieront la baisse de la TVA sur la restauration ? Le choix de ces déficits-là n’a aucune justification économique. Plutôt que d’emprunter toujours plus, on ferait mieux d’arrêter de dépenser pour rien. L’argent manque pour l’éducation, la recherche, les nouvelles technologies, c’est vrai. Mais c’est parce que l’Etat gère mal et ne se réforme pas. Il devrait d’abord balayer devant sa porte plutôt que d’accroître le gaspillage de l’argent public.
Non, vraiment, le grand emprunt ne rapportera rien, tirons en les conséquences : mieux vaudrait, comme cela est proposé par une partie de la majorité, rendre cet emprunt obligatoire et progressif. Rémunéré au taux de l’inflation, ce serait une ressource peu coûteuse. Quant à son utilisation, plutôt que de gaspiller encore, il vaudrait mieux que les fonds collectés servent à restructurer la dette existante en en réduisant le coût et en en allongeant la maturité ; c’est à ces deux conditions que « l’emprunt » pourra, marginalement, contribuer au seul objectif qui vaille : restaurer la solvabilité de l’Etat, qui est le patrimoine de ceux qui n’en ont pas.
- Accueil
- L'Edito
- Les Universités
d'étéChanger le logiciel de la gauche
- Le Manifeste
- Tribunes Libres
Participer
- Adhérer
- Proposer
un texteLes Gracques
- Qui
sommes-nous ? - Contact
SIGNER LE MANIFESTE
La gauche est la force de ceux qui sont sans force, la voix de ceux qui sont sans voix. Elle l’est à l’échelle des nations, en prônant, au nom de ses valeurs universelles, un ordre mondial fondé sur la paix, le droit et le développement.
Lire la suite du manifeste
Signer le manifeste

J'ai lu avec attention, l'article que vous avez fait paraitre dans l'Express. Un bel article qui a mon sens, traite d'un des trop rares sujets où le consensus droite gauche semble de plus en plus se dessiner au moins dans les rangs des hommes et femmes de raison.
Effectivement, la vérité est là... L'Etat n'a pas besoin d'un emprunt national dont seul les plus fanatiques adhérants de l'UMP (dont je suis sans être fanatique) proneront la justesse. Et vous verrez que cette idée sera doucement enterré avec l'hivers...
De quoi a vraiment besoin l'Etat et donc la France ?
A mon sens, Le Président devrait donner plus d'autorité à la Cour des Comptes avec notamment la possibilité pour elle de prendre des mesures de substitution à une autorité administrative mal géré à l'image de ce qui se passe pour les entreprises avec la nommination d'un administrateur judiciaire et autoriser la saisie de la cour des comptes par des associations de contribuables.
Par ailleurs, le Président (enfin si il veut mériter un grand P) devrait créer non pas un ministère de la relance mais plutot un ministère du contrôle des couts et du "cost killing". C'est bien là que le bas blesse en France. Une armée plétorique de fonctions soutien dans l'administration qui tarde à évoluer pour conserver son fonteuil, son bureau, la prééminence de son service... Bref des comportements d'un autre age que les entreprises modernes ont évacué au profit d'une approche pragmatique et tournée vers l'efficacité et plus l'efficience.
Enfin, pour clore un débat qui devra prendre place en France, l'idéal serait de réaliser une modification constitutionnelle majeure : Rendre le déficit publique non pas Interdit comme le suggère certains mais plutot autorisé par le congrès. Cela pour le rendre exceptionnel et pour qu'il soit systématiquement le fruit d'un consensus Droite Gauche. Cette nouvelle approche de la justification du déficit devra faire l'objet d'une approche préalable publique de justification de l'intéret du déficit auprès de la dite cour des comptes.
Il est à mon sens, avant de trouver des solutions à court terme au déficit de trouver des solutions à moyen long terme et de continuer à : expliquer l'importance de la dette dans la gestion publique et aussi de montrer du doigt les adminsitrations et collectivités qui n'assumme pas l'exemplarité requise.
C'est un vrai débat que la dette mais il faut aussi parler aux Francais de manière claire et transparente. En n'oubliant jamais de se poser la question essentielle :
Pourquoi les élus acceptent ils de voter des déficits depuis 30 ans ?
Sont ils godillots de la République à ce point ?
Je n'ai jamais pris de crédit et ne veulent pas parce que c'est si vous surpayer beaucoup d'argent donc il est préférable de recueillir et d'acheter ce dont vous avez besoin!
Poster un nouveau commentaire